












C'est l'histoire d'un vieillard de 90 ans qui vivait seul en Irak dans la banlieue de Bagdad, voulait planter des pommes de terre dans son jardin. Mais, c'était un travail très pénible pour un homme de son âge, car il lui fallait au préalable retourner toute la terre durcie par le soleil.
Ahmed, son fils unique qui, habituellement, l'aidait pour cette tâche, était en prison à Guantanamo, car l'armée U.S. le suspectait d'être un membre important du parti Baath.
Le vieil homme décide alors d'écrire une lettre à son fils dans laquelle il y décrit sa situation difficile:
"Cher Ahmed, Je me sens très malheureux, parce qu'il me semble bien que cette année, je ne serai pas capable de planter mes patates. Je suis trop vieux pour pouvoir creuser et retourner la terre du carré de jardin. Si tu étais ici, tous mes problèmes seraient résolus. Je sais que tu creuserais et retournerais la terre du carré pour moi.
Affectueusement, Papa"
Quelques jours plus tard, le vieillard reçoit une lettre de son fils:
"Cher Papa, Pour l'amour du ciel, Papa, ne creuse pas dans le jardin, c'est là que j'ai enterré le stock de Kalachnikovs et de lance-roquettes.
Affection, Ahmed"
04 heures, le matin suivant, un camion rempli de membres des Forces Spéciales débarque chez le grand-père et les militaires se mettent à creuser tout le carré du jardin sans finalement trouver aucune arme.
Dépités, ils s'excusent auprès du vieillard et quittent les lieux.
Le même jour, le vieil homme reçoit une nouvelle lettre de son fils :
"Cher Papa, Vas-y, maintenant, tu peux planter tes patates. C'est le mieux que je pouvais faire dans les circonstances.
Affection, Ahmed"

Dans un avion américain, le commandant de bord dit à ses passagers :
- C'est votre commandant qui vous parle. Nous perdons de l'altitude et nous n'avons pas assez de kérosène pour atteindre notre destination. Donc, nous allons larguer hors de l'avion tous les bagages.
L'avion regagne de l'altitude. Une demi-heure plus tard, l'avion reperd de l'altitude et la voix du commandant se fait encore une fois entendre dans les hauts parleurs :
- C'est votre commandant qui vous parle. Nous perdons encore de l'altitude et nous ne pourrons pas atteindre notre destination sans jeter quelques passagers hors de l'avion. C'est une mauvaise solution, mais nous allons le faire d'une manière honnête et démocratique. Nous allons utiliser l'alphabet... Commençons par la lettre A :
- Y a-t-il des Africains ? Personne ne répondit.
- Y a-t-il des Blacks ? Toujours pas de réponse.
- Y a-t-il des gens de Couleur ?
Toujours pas de réponse. Mais, à l'arrière de l'avion, un petit garçon demande à son père :
- Papa, tu m'as toujours dit qu'il fallait être honnête. Nous sommes d'Afrique, nous sommes Black et donc des gens de Couleur.
- Oui, mon fils. C'est vrai. Mais, aujourd'hui, nous sommes des Nègres.
Cher ami, vous m’avez mis devant un défi et je relève le défi, d’ailleurs comme toujours sauf exception.
Cher ami, je peux vous écrire un livre sur l’éducation ou/et l’enseignement ; nonobstant, je n'ai ni le temps ni l’envie car d’autres l’ont fait, brillamment, avant moi. Et ça ne sera, pour paraphraser un de mes chers amis, que du congelé réchauffé.
Mais pour nourrir le débat, je participe sur le terme « stratégique », c’est un adjectif qui décrit l’importance essentielle d’un sujet. Du grec stratêgikos (1823), il concerne la stratégie (du grec stratêgia, 1562).
Alors, qu'est-ce que la stratégie ?
Si je dois résumer la stratégie en une seule et petite phrase, alors ça sera « Ensemble d'actions coordonnées. ». Cette définition est utilisée le plus souvent dans la théorie de la décision.
Stratégie, initialement, art de la préparation et de la conduite des guerres. À l'époque contemporaine, la stratégie a envahi les sphères politique (stratégie électorale), économique (stratégie d'entreprise) et sociale (pédagogie de l’enseignement). De spécialité militaire, la stratégie est ainsi devenue transdisciplinaire. Elle consiste d'abord à définir des finalités générales que l'on cherche à atteindre par la combinaison de tous les éléments à la disposition des acteurs, qu'il s'agisse ou non des États. Elle implique également une étroite intégration des facteurs économiques, politiques, culturels et sociaux. Elle s'oppose en cela à la tactique, qui est l'art de disposer et de manœuvrer des forces ou des éléments sélectifs pour atteindre un objectif ou une fin limités dans le temps et l'espace. A noter que le mot tactique s'emploie lorsque des bâtiments ou une escadre sont arrivée au contact de l'ennemi.
À l'âge de la dissuasion nucléaire et de l'affrontement idéologique et politique entre les deux blocs atlantique et soviétique, la stratégie a eu pour principale finalité la désagrégation morale de l'adversaire. Elle est alors devenue une méthode de pensée s'appliquant bien au-delà de la sphère militaire, la guerre n'étant plus qu'un mode parmi d'autres pour élaborer une « stratégie intégrale » portant sur les projets et les philosophies politiques des adversaires en présence.
Aujourd'hui, dans un monde devenu légèrement plus fluide mais toujours incertain, de nouvelles définition et utilisation de la stratégie sont apparues, qui en diminuent relativement le caractère intégral de l'époque de la guerre froide. Et la stratégie devient l’ensemble des choix, d'objectifs et de moyens qui orientent à moyen et à long terme les activités d'une personne, d'un groupe, d'une entreprise ou d'un organisme…ou pour faire court une organisation.
C’est tout l’art de supputer les points faibles de l'adversaire, d'évaluer les forces en présence, de mettre à profit la conjoncture, de choisir les moments appropriés pour faire des offres ou des concessions, de mettre de l'avant des propositions, de recourir à des menaces ou d'accepter une règle à point nommé à l'occasion de la préparation, de la présentation et de la discussion de projets d’accord. Alors que la stratégie embrasse l'ensemble du plan d'action, la tactique regarde son application concrète dans les cas particuliers.
Lorsque la stratégie épouse la planification elle devient méthode de prévision, d'exécution et de contrôle qui a pour objet la réalisation optimale des objectifs fixés. Opération qui consiste à faire l'appréhension des objectifs et la reconnaissance des cheminements logiques qui les concrétisent.
Une stratégie est dite implicite lorsque, non manifestée ex ante, elle reste enfouie dans les convictions personnelles de certains dirigeants et ne sert qu'aux justifications ex post. Elle est explicite lorsque son expression est suffisamment claire pour servir de guide à l'action des principaux dirigeants. En conséquence, une stratégie explicite appelle une description détaillée tant qualitative que quantitative des fins, des forces et de leur déploiement.
La Stratégie est dite d’entreprise lorsqu’elle traduit les orientations générales envisageables pour atteindre ses buts dans un environnement donné et face à une concurrence donnée. Le choix de ces orientations doit tenir compte d'éléments tels que : menaces et opportunités inhérentes à l'environnement, forces et faiblesses de l'unité économique, valeurs personnelles des principaux responsables de la mise en oeuvre de la stratégie, attentes des consommateurs à l'égard de l'unité économique. Les choix d'objectifs et de moyens visant à orienter les activités et structures de l'ensemble de l'entreprise ou du groupe précisent le taux de croissance visé, le champ de l'expansion et ses directions, les forces majeures et les avantages compétitifs à exploiter.
La stratégie est dite globale lorsqu’elle assure le déploiement d'une organisation dans des secteurs d'activité porteurs d'avenir. Cette stratégie consiste à sélectionner des activités et à répartir entre celles-ci des ressources qui sont toujours limitées.
Lorsque la stratégie touche l’éducation elle devient prévision et préparation souples des phases successives de la mise en oeuvre d'une innovation ou d'une recherche de quelque envergure dans le domaine de la pédagogie. L'introduction dans les écoles d'une initiative importante dépend de la réalisation de conditions préalables qui exigent une durée différente (ex. : l'édition de livres, la fabrication de matériel didactique, la préparation du personnel, l'élaboration d'instruments de contrôle). Le passage d'une étape à la suivante suppose une coordination souvent extrêmement délicate et le moindre hiatus peut compromettre un travail préalable de plusieurs années. C'est pourquoi les responsables, contrairement aux pratiques de la planification impérative, prévoient dans leurs projets des mesures destinées à corriger rapidement des difficultés inattendues (ex. : réserves budgétaires, moyens de transport, dépôts de matériel, personnel de suppléance, contrôles objectifs à chaque phase de l'action).
Termes apparentés : gestion stratégique, planification stratégique, stratégie générale, stratégie globale, stratégie concurrentielle, stratégie d'alliance, stratégie d'imitation, stratégie d'innovation, stratégie de contournement, stratégie de coopération, stratégie de coût, stratégie de diversification, stratégie de pénétration, stratégie de prix, stratégie de production, stratégie de rupture, stratégie défensive, stratégie générique, stratégie industrielle, stratégie marketing, stratégie offensive…
Enfin, la stratégie est l’art d'organiser et de coordonner un ensemble d'opérations pour parvenir à un but. Et même la définition militaire à un sens suprasectoriel qui décrit la stratégie comme l’art de la coordination de l'ensemble des forces d'un pays pour préparer et organiser une défense. Et la meilleure façon d’assurer cette protection est, avant tout, par le savoir ; autrement dit, par l’éducation et l’enseignement.
J’espère, cher ami, avoir rependu à vos interrogations.
Bibliographie (cette bibliographie est relativement ancienne mais loin d’être désuète) :
1. Centre international du droit des affaires. Lexique pratique commercial : 3 000 définitions, 300 abréviations usuelles, traduction de 650 mots anglo-saxons, bilan visualisé. Paris, Regif, 1973, p. 380.
2.Comité d'étude du vocabulaire du marketing, 1979.
3.Conso, Pierre et autres. Dictionnaire de gestion financière : avec lexiques français-anglais et anglais-français. Paris, Dunod, 1979, p. 355.
4.Conso, Pierre et autres. Dictionnaire de gestion financière : avec lexiques français-anglais et anglais-français. Paris, Dunod, 1979, p. 409.
5.Desgagné, Julie. Terminologie fondamentale de la comptabilité de management : anglais-français. - Hamilton, Ontario : Société des comptables en management du Canada, 1994, p. 69.
6.Desgagné, Julie. Terminologie fondamentale de la comptabilité de management : anglais-français. - Hamilton, Ontario : Société des comptables en management du Canada, 1994, p. 68.
7.Desgagné, Julie. Terminologie fondamentale de la comptabilité de management : anglais-français. - Hamilton, Ontario : Société des comptables en management du Canada, 1994, p. 15.
8.Dictionnaire Gruss de marine. 5e éd. Paris, Éditions maritimes & d'Outre-mer, 1978, p. 286.
9.Dion, Gérard. Dictionnaire canadien des relations du travail. - Québec : Presses de l'Université Laval, 1976, p. 336.
10.Filkins, James H.; Caruth, Donald L. Lexicon of american business terms. -
11.Hotyat, Fernand ; Delepine-Messe, Denise. Dictionnaire encyclopédique de pédagogie moderne à l'usage des enseignants, des éducateurs et des parents. - Avec la collab. de Charles Touyarot. Paris, Nathan, 1973, p. 292.
12.Kotler, Philip. Marketing management : analysis, planning and control. 2nd ed.
13.Kotler, Philip. Marketing management : analysis, planning and control. 2nd ed.
14.Lendrevie, Jacques et autres. Mercator, théorie et pratique du marketing. Paris, Dalloz, 1974, p. 307.
15.Ménard, Louis; Arsenault, Murielle; Joly, Jean-François. Dictionnaire de la comptabilité et de la gestion financière : anglais - français avec index français - anglais. - Avec la collab. d'Henri Olivier et autres; publié en collab. avec l'Ordre des experts comptables et des comptables agréés de France et l'Institut des réviseurs d'entreprises de Belgique – Toronto ; Montréal : Institut canadien des comptables agréés, 1994.
16.Meta : Journal des traducteurs = Translator's journal. - Montréal, Presses de l'Université de Montréal. - vol. 15, n° 4, décembre 1970, p. 222.
17.Meta : Journal des traducteurs = Translator's journal. - Montréal, Presses de l'Université de Montréal. - vol. 15, n° 4, décembre 1970, p. 224.
18.Microsoft Corporation. collection Microsoft Encarta.
19.Oliver, A.L., ss la dir. de. Recherche opérationnelle : vocabulaire français-anglais, anglais-français = Operational research : English-French, French-English vocabulary. - Avec la collab. de J. Abadie et autres. Paris, Dunod, 1967, p. 126, autre mention : part II.
20.Ontario. Ministère des Services sociaux et communautaires. Lexique = Lexicon. - [Toronto] : ministère des Services sociaux et communautaires = Ministry of Community and Social Services, 1991, p. 32.
21.Québec. Ministère des affaires municipales. Direction générale de la prévention des incendies. Dictionnaire anglais - français de la prévention des incendies. Québec, Éditeur officiel du Québec, 1975, p. 142.
22.Sylvain, Fernand. Dictionnaire de la comptabilité et des disciplines connexes. - Avec la collab. de Murielle Arsenault... [et autres] - 2e éd. ent. rev., corr. et augm. - Toronto : Institut canadien des comptables agréés ; Paris : Ordre des experts comptables agréés ; Bruxelles : Institut des réviseurs d'entreprises, 1982, p. 376.
23.Sylvain, Fernand. Dictionnaire de la comptabilité. - Avec la collab. de Murielle Arsenault et de Marie-Eva de Villers-Sidani. - Toronto, Institut canadien des comptables agréés - 1977, p. 155.
24.Tézénas du Montcel, Henri. Dictionnaire des sciences de la gestion. - France, Mame - 1972, p. 305.
NB : Comme on dit au Niger « ne nous faites pas croire que dans l’eau il n’y a que des hippopotames et des crocodiles ».
Clin d'œil à un ami que je ne connais pas encore
Je vous raconterai gratuitement mes pérégrinations et celles d'autres Algériens et amis à travers le monde. Je vous raconterai également leurs tribulations, leurs aventures et mésaventures, mais aussi leur roublardise et débrouillardise. Vous connaîtrez des gens futés, habiles et dégourdis. Peut-être qu'un jour comprendrez-vous qu'on ne vit qu'une fois, alors autant en profiter. Je vous tiendrai en haleine.
Chez nous, en Fénéquie, le problème de la liberté d'expression est dépassé. La liberté dont nous jouissons est "lasérisée". N'essayez pas de bloquer cette liberté. Elle fore, découpe, fend et fond tout ce qui essaie d'entraver sa marche glorieuse.
…
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Les élites algériennes entre l’exil volontaire et l’émigration choisie
Le départ à l’étranger de chercheurs de haut niveau, de médecins spécialistes, de grands économistes et autres spécialistes dans leur métier est devenu une plaie pour l’économie algérienne depuis longtemps.
Dès l’indépendance, la politique volontariste de formation à l’étranger, du reste nécessaire, a ouvert à beaucoup de cadres des perspectives d’installation dans les pays d’Europe et d’Amérique du Nord. Mais le phénomène de la fuite des cerveaux n’est devenu perceptible et contraignant que vers la fin des années 80. Et c’est la conjugaison de plusieurs facteurs et de comportements à leur égard qui a amené ces compétences à quitter le pays. Car l’émigration du cadre n’est pas due uniquement aux conditions de sa propre vie sociale, mais aussi à celles qui entourent son travail: la marginalisation ressentie, la place réservée à la science et à la connaissance dans le développement, ainsi que l’absence d’évaluation par le travail sont autant de raisons qui participent au départ des compétences. Cette ressource humaine est donc souvent amenée à s’expatrier pour faire valoir son savoir-faire dans un cadre offrant de meilleures garanties pour sa progression.
Le phénomène existe dans beaucoup de pays en développement. Mais il est inquiétant chez nous parce qu’il concerne un grand nombre, et surtout parce que la tentation du départ se généralise maintenant à toutes les catégories sociales. Malgré cela, la question n’est toujours pas appréhendée: se sentant méprisés, marginalisés ou simplement à la recherche d’une meilleure qualité de la vie, beaucoup d’Algériens diplômés, ou ayant accumulé une grande expérience, continuent à quitter le pays. De plus, des facteurs nouveaux, endogènes ou exogènes comme la politique française d’émigration choisie, viennent aujourd’hui aggraver la situation et risquent de vider nos universités de leurs enseignants-chercheurs, nos hôpitaux de leurs spécialistes et, de façon générale, notre économie de ses experts et de son meilleur encadrement.
En effet, alors que l’Algérie n’a pas encore réussi à définir une politique qui limiterait les dégâts causés par cette émigration des élites, certaines mesures prises par le secteur de l’Enseignement supérieur risquent d’encourager le phénomène, quand elles ne sont pas bien prises en charge par les établissements, à la base. Les récentes décisions de renforcement de la formation à l’étranger, présentées comme susceptibles d’améliorer quantitativement et qualitativement l’encadrement de l’Université algérienne, ne vont-elles pas produire l’effet inverse de ce qui est recherché ? D’abord, parce que la formation à l’étranger, telle que pratiquée par le passé et reconduite aujourd’hui, n’a pas été une grande réussite, relativement aux moyens consentis par l’Etat. Ensuite, les stages à l’étranger sont aujourd’hui répartis sur la base de critères considérés comme « socialement » justes, consistant en la division d’un quota global par le nombre d’enseignants demandeurs, sans aucun critère scientifique. Comme ce mode de répartition ne changera sans doute pas sous la pression d’un certain syndicalisme, il n’y a alors aucune raison de croire en l’efficacité des stages à l’étranger, même en grand nombre.
Par ailleurs, beaucoup des 17.000 maîtres-assistants s’inscriront à la demande de détachement de trois ans, avec pour première conséquence le recul de la soutenance jusqu’au bénéfice de ce «nouveau droit»: le détachement à l’étranger. Et comme les mêmes causes produisent les mêmes effets, ces dispositions encourageront la fuite des cerveaux, phénomène déjà considéré comme l’une des plaies de l’Université algérienne. Le constat fait à la fin des années 80 montre que de nombreux boursiers ne reviennent pas ou ne soutiennent aucune thèse. De plus, la tentation de «partir d’ici» est, aujourd’hui, beaucoup plus grande et le piège pour «rester ailleurs» va en grandissant.
C’est pourquoi, les formations à l’étranger qu’il faut consentir doivent se situer dans le cadre d’une coopération où l’institution et le pays d’accueil s’engagent sur le retour du stagiaire. C’est une pratique en vigueur dans certains pays en voie de développement. Il y a lieu, également, de multiplier et de revaloriser les congés scientifiques, parce qu’ils encouragent la publication et la participation aux rencontres scientifiques internationales et permettent le maintien au contact du développement scientifique universel.
Et puis, les vraies solutions résident, à notre avis, dans le renforcement et l’amélioration des capacités de la recherche et de la post-graduation locales, seules sources d’un développement durable. L’implantation, déjà initiée, d’écoles doctorales menées localement par des équipes mixtes, est une de ces solutions. Il est aussi intéressant d’agir sur toutes les autres conditions de travail qui permettent aux thèses d’avancer plus vite, en donnant du sens au diplôme soutenu, notamment en revalorisant les salaires selon les grades. Cela créerait réellement de l’émulation. En réalité, ce sont l’environnement défavorable de la recherche et le nivellement des salaires par le bas qui empêchent les doctorants d’avancer normalement.
D’un autre côté, la réorganisation des diplômes en système LMD (Licence, Mastère, Doctorat) peut aussi participer à l’aggravation de la situation. C’est pourtant une réforme nécessaire puisque ce système se généralise de par le monde. Mais la simple duplication du système LMD étranger sans adaptations aux besoins du pays, comme il semble se faire actuellement, ne fera que faciliter le départ à l’étranger de nos étudiants. Cette méthode, qui se suffit d’aligner formellement les diplômes algériens sur ceux de l’étranger, n’améliorera en rien le niveau de nos diplômés. Car le système LMD, fondant l’essentiel de la formation de l’étudiant sur lui-même, exige pour son application des conditions particulières de mise en oeuvre. La question des moyens matériels et humains nécessaires à un encadrement académique et scientifique adéquat en est la principale. Le LMD algérien doit, dans son architecture et son contenu, tenir compte des conditions et spécificités du pays. Par exemple, les licences professionnelles doivent répondre à nos propres besoins de développement.
D’un autre côté, le maintien de l’orientation scientifique de notre système d’enseignement, avec ses 70% de bacheliers scientifiques et techniques, ne répond plus à la situation de l’Algérie. A l’inverse, cet avantage peut servir les universités et laboratoires étrangers qui connaissent, depuis quelques années déjà, un déficit important en scientifiques.
Le problème de la fuite des cerveaux va donc se compliquer davantage avec l’entrée en vigueur de la mondialisation et de ses corollaires, comme l’émigration choisie. Ce nouveau concept, par ailleurs déjà appliqué par certains pays comme le Canada à l’endroit des Algériens compétents et francophones, videra l’Algérie de sa meilleure substance. Hier, la colonisation a pillé les ressources naturelles et exploité les hommes des pays pauvres; aujourd’hui, la mondialisation vise à piller les ressources humaines et à exploiter les richesses naturelles qui existent encore dans ces mêmes pays. Seule la méthode a changé.
Car les relations entre les pays du Nord et ceux du Sud ont toujours été conçues à sens unique, dans l’intérêt du plus fort. En témoigne le processus à suivre pour un pays comme l’Algérie pour accéder à l’accord d’association avec l’Union européenne: le texte de l’accord est standardisé et préparé à l’avance pour tous les pays candidats au partenariat, les étapes et le timing sont déterminés par l’Union européenne, ainsi que les conditionnalités. Alors que le concept même d’association devrait autoriser le futur partenaire à négocier le contrat, les relations commerciales, les conditions douanières et la circulation des marchandises et des personnes sont dictées par l’Union européenne.
Les pays du Sud devraient créer la solidarité nécessaire entre eux pour introduire de façon spécifique dans les accords les termes qui leur assureraient un développement durable. Par exemple, les pays du Maghreb auraient certainement obtenu plus d’avantages en négociant de façon solidaire leur partenariat européen. Parce que dans l’essentiel, leurs problèmes se ressemblent. De plus, la coopération ne doit plus concerner que les questions décidées par l’Occident, comme l’économie (la leur), la sécurité (la leur) et leur «démocratie». Des sujets comme l’accès au savoir et à la technologie, l’utilisation des compétences des pays du Sud et la sécurité des populations face aux divers dangers technologiques et nucléaires, sont des sujets qui doivent arriver à la «table des négociations» dans les partenariats futurs.
A propos de cette nouvelle menace d’émigration choisie, les futurs départs des compétences algériennes doivent être négociés avec les pays d’accueil. Leur formation par l’Algérie n’est pas uniquement un coût financier, mais le sacrifice de toute une société. La négociation doit être liée à la facilitation pour l’Algérie d’accéder à l’information scientifique, au transfert réel de certaines technologies, à l’implantation de laboratoires de recherches locaux et à d’autres compensations. La négociation doit aussi porter sur la définition d’un cadre qui permet à l’Algérien de l’étranger de continuer à servir son pays à partir de son lieu de travail. Car souvent, c’est la propre demande de cette «matière grise» algérienne basée à l’étranger.
Dans la recherche de solutions à ce départ de nos compétences vers l’étranger, l’approche relative aux élites scientifiques ne peut être la même que celle qui concerne ceux qui ont réussi en entreprise ou en affaires. Cette dernière catégorie est plus facile à faire revenir pour intervenir ou même s’installer en Algérie, dès lors que son intérêt se situe ici. Alors que le retour au pays des chercheurs et scientifiques reste peu envisageable en l’état actuel des choses. En tout cas, tant que la recherche scientifique n’est pas considérée comme un moyen de développement, et tant que l’Université n’est pas le «moteur» de la société. La solution résiderait alors dans l’utilisation de cette intelligentsia à partir de l’étranger, et à travers les compétences locales qui seront les passerelles avec le pays. D’ailleurs, il est plus facile d’investir à retenir ceux qui sont encore là en les revalorisant, plutôt que de faire revenir ceux qui sont déjà partis. Car pourquoi la même personne n’intéresse-t-elle que lorsqu’elle est de l’autre côté de
Il est, bien sûr, fortement souhaité que les moyens soient aussi mis pour permettre une coopération scientifique, équilibrée et de haut niveau entre nos laboratoires et ceux de l’étranger où activent des compatriotes. C’est un moyen sûr pour faire intervenir ces derniers dans notre recherche et notre enseignement locaux. La direction de doctorats et de projets de recherche par les Algériens de l’étranger contribue réellement à l’épanouissement de l’Université. Dans d’autres domaines, l’utilisation de l’expertise des ingénieurs, des médecins, des architectes et d’autres spécialistes algériens de l’étranger, dans la conduite de projets industriels, économiques et autres, sera également bénéfique. Il s’agit de l’organiser.
Le Quotidien d’Oran, Mohammed Mebarki (Universitaire), 29 juin 2006.